vendredi, juillet 25, 2014

Retour de Pologne, première partie

Campagne polonaise, au Nord du pays
Coincée entre l’Allemagne et la Russie, la Pologne est un concept géographique aux frontières fluctuantes desquelles dépend un territoire parfois proche du néant. Il en résulte un certain stress au sein de la population polonaise résidant sur le susmentionné territoire. N’ayons pas peur des mots : ils sont morts de peur. Toutefois, le bon esprit de ce peuple, son industrie et sa chaleur lui dictent de se comporter avec affabilité tant avec les Russes, qu’avec les Allemands et tous ceux qui passeraient par son beau pays. Et ce que j’ai vu de la Pologne est vraiment beau, entre autres une campagne luxuriante, prés, champs, vergers et forêts, le tout vallonné sans excès. Il n’y manque que le Jura au Nord-Ouest pour en faire une copie de l’arrière-pays vaudois. Du reste, dans cette Pologne, on pratique la cochonnaille sous toutes ses formes, comme dans le Pays de Vaud. Sur les petits chemins vicinaux, on y croise parfois l’un de ces curés polonais du même modèle que les affreux et intolérants que l’on nous a refilés et que l’on trouve parfois dans nos paroisses du diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg et Neuchâtel. L’Eglise polonaise, dans son rigorisme sectaro-intégriste, a charitablement décidé de laisser la compassion, la douceur, l’aménité et la tolérance aux laïques qui pratiquent ces vertus avec un zèle religieux. En Pologne, on préfère les individus aux catégories. On est sur ses gardes mais on reste persuadé que l’autre est un type bien qui mérite respect et sympathie. On est fier de ce pape fils du pays et récemment devenu saint, on se signe mille fois dans les églises et on fait mille génuflexions mais on laisse l’Église à l’église parce que les curés, en dépit du respect qu’on leur porte, ça reste sectaire ici. En matière de politique, on est pareillement vigilant. On fait ce qu’il faut pour répondre au soutien de Bruxelles, meilleur rempart aux appétits impérialistes des voisins. De plus, l’Europe unie a payé pour la remise en route de l’économie dès après la fin du soviétisme. On est donc amis et, entre amis, on ne laisse pas des histoires de dettes vous gâcher la relation. Soit, le duo un peu inquiétant des jumeaux Kaczinski (Kachinski pour les non polonophones) faisait hurler dans la presse étrangère, on avait un peu honte à chacune des déclarations homophobes ou racistes de l’un ou de l’autre mais, m’a-t-on assuré, toutes leurs décisions politiques ont toujours été prises dans l’intérêt du pays.

Je n’ai pas séjourné six mois en Pologne, ni deux, ni un mais dix jours entre Varsovie, Gdynia, Gdansk et Brodnica avec une halte de quelques heures à Poznan. C’est peu mais suffisant pour passer au travers des clichés. Première étape, Varsovie, la gare centrale, un plan de ville un peu vague en poche, suffisant pour trouver mon hôtel, un établissement d’un style néo-soviétique, sécuritas à la réception, chambre spartiate dans laquelle je n’ai trouvé qu’un seul linge éponge et petit-déjeuner à prendre entre 7 et 9h (je prends mon petit-déjeuner entre 7 et 9h lorsque je travaille et dès 9h en vacances). La ville, écrasée sous un ciel bas, s’ouvre à moi par des boulevards distribués avec beaucoup de sens pratique. Elle m’apparaît grise et usée sous la pluie. On peut lire dans n’importe quel guide touristique que « toute la ville a été détruite par les troupes allemandes » ; on entretient le souvenir du martyre. Tiens, bizarre, dès au sortir de la gare, j’avais déjà avisé une quinzaine de bâtiments Art Nouveau, Biedermeier, néo-classiques de la fin du XIXème et, non, il ne s’agit pas de reconstructions postérieures à la guerre, ça se voit aux enduits des façades qui s’écaillent et aux logos publicitaires d’avant-guerre à demi-effacés. La vieille ville a effectivement été entièrement rasée puis reconstruite/reconstituée avec les pierres d’origine dès l’armistice. Mais le spectacle est moins saisissant qu’à Brest où la ville a vraiment complètement été détruite. Malheureusement, toutes les belles capitales de l’Est de l’Europe avec leur petit genre wilhelmino-hausmannien ont été très gravement endommagées, presque rayées de la carte. La capitale polonaise n’a donc pas le monopole de la souffrance. Entre Berlin et Varsovie par exemple, difficile de dire laquelle des deux villes a la plus été détruite … Ah, oui, Berlin, la capitale de l’agresseur, les méchants de service, et bla, bla, bla, sous-entendus les victimes civiles allemandes et les destructions de biens culturels allemands sont des victimes et des destructions de seconde classe, voire même c’est bien fait, et puis à bas l’Allemagne, et « dégermanisons » l’Europe slave … Mission impossible tant les influences culturelles allemandes ont été importantes dès la fin du XVIIIème de Berlin à Saint-Pétersbourg. Effets corollaires de cette « victimisation » officielle et de cette volonté de rejet, on ne parle plus allemand, ou on fait la gueule quand on doit donner des renseignements en allemand. Exemple concret, le site des chemins de fer polonais, site accessible en sus du polonais, en anglais, allemand et russe. Si vous consultez votre page en allemand et voulez acheter un billet en ligne, ça n’est pas possible, il faut passer par la page en anglais ?! Vous désirez acheter un titre de transport sur une ligne internationale gérée par les trains polonais, un trajet sur le Berlin-Warszawa Express à tout hasard, impossible ! Il faudra passer par le site de la Deutsche Bahn. Même si l’on comprend votre allemand, il est préférable de pratiquer l’anglais et, parfois, la bonne surprise d’une vendeuse, d’un guide, d’un quidam qui s’adresse à vous en français. Et si la seule langue de communication possible est l’allemand, passé un léger mouvement d’humeur (et le temps nécessaire pour repérer votre accent français), votre interlocuteur se déride et redevient ce Polonais si serviable et attentif à autrui.

Palais de la culture et de la science
Varsovie m’a séduit. La ville que l’on dit moche peut l’être de prime abord avant de se révéler assez belle, ceinturée par ses immenses  boulevards, édifices pompeux sur un mode soviétique, frontons classiques, colonnades, contre-allées arborisées, quelques belles églises restaurées ou reconstruites. On peut marcher longuement sans se sentir fatigué. Ses transports publics sont très efficaces, deux lignes de métros en croix, le reste de la ville quadrillé par des trams rapides et confortables. Au Nord-Ouest se dresse un « down-town » de gratte-ciels digne d’une ville nord-américaine. Les édifices sont inventifs et entrent en dialogues avec l’invraisemblable Palais de la culture et de la science qui trône au cœur de la ville, à quelques minutes à pieds de la gare principale. Il s’agit d’une tour en « wedding cake » d’un style Art Déco tardif dans un goût stalinien, cadeau du peuple russe au peuple polonais. Ce seul édifice justifierait la visite de Varsovie. Vous le voyez quasiment de partout, à moins que le stratus bas n’en efface le sommet, antenne et horloge. La terrasse au trentième étage est accessible par deux ascenseurs directs manœuvrés chacun par une préposée d’une volumétrie non-négligeable juchée sur un tabouret, ce qui réduit considérablement les possibilités d'accueil des dits ascenseurs. Le Palais abrite deux théâtres, le Musée Technique, un cinéma multisalles, un café, une salle de congrès en rotonde, toute une lustrerie rococo, du marbre à la tonne et un charme incroyable. Retour sur la gare, à son voisinage plus précisément, le centre commercial des « Terrasses dorées » (selon traduction de l’un de mes interlocuteurs polonais). L’édifice se déploie au pied d’une tour en une sorte de filet de dentelle verre-acier ondoyant et comptant presque deux cents commerces, un multiplex là aussi, des restaurants, un fitness gigantesque et des kilomètres de promenade.

… à suivre




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