vendredi, août 11, 2017

L'honneur des plus faibles (3ème extrait de "Credo")

Hier soir encore, je regardais un épisode de « Maigret » intitulé « Le témoin récalcitrant ». Il y avait Paris, sous la pluie, l’inspecteur, sa pipe et son pardessus ; il y avait la musique de la ville, le chant des pneus sur l’asphalte mouillé. L’histoire était sordide, affaire de gros sous, de paraître et de bonne famille. Maigret a pris un blanc sec, un cassoulet en plat du jour, quelques reproches d’un juge d’instruction, un monsieur qui dîne en ville et, en échange, il a donné de la voix, dans la finesse, le tact et beaucoup de commisération, quasi de la tendresse. J’ai toujours trouvé mes modèles chez des enquêteurs, parfois de super-enquêteurs, Steed, Poirot et Maigret. Ce dernier s’impose à moi à postériori ; il diffère du fait de son humilité, des ses manières communes et de sa non-élégance. Il est au-delà. Bruno Kremer le fait toujours avancer d’un pas égal et pesant, quelque chose de terrien et de confiant. Maigret ne rentre pas dans le moule ce qui ne fait pas avancer sa carrière. Ça ne le touche pas plus que tant. De même, il n’est pas attaché à la vérité de façon névrotique. Il résout des situations plutôt que de traquer le coupable. Et toujours la toute petite musique du monde tel qu’il tourne pour les négligés, les pauvres, les demi-déclassés. Le vrai luxe tient dans un lit profond, nombreux oreillers, une couche matrimoniale en faux Louis XV avec le sommeil du juste qui va de pair. Maigret, si moche soit le monde et discutable la vie de son auteur, nous parle de douceur, un tout petit geste, des riens tels qu’apporter des cigarettes à un détenu, retourner pour rien auprès d’un témoin, le laisser épancher sa peine, se soucier des canaris d’un défunt ou, pour Madame Maigret, donner un petit rien à un père divorcé qu’il pourra offrir à sa fille. Nous avons besoin de douceur, de ces gestes qui ne sauvent pas mais apaisent et accordent le pardon, comme l’invitation à sommeiller dans une couche céleste, le grand repos et tant pis pour ce qui n’est pas achevé, pour ce qu’il faut faire, sortir de l’urgence par une caresse, la main compatissante et invisible qui absout tout et couche dans le même lit de tendresse le lion et l’agneau, la victime et l’assassin, le condamné et le bourreau. « Ils ont brisé leurs glaives en charrue », traduction des plus libres et de mon cru (j’ai très peu fait de latin), voilà qui ouvre de belles perspectives mais « ils ont déchiré leur orgueil en une couche », ils ont réduit en petits morceaux, en charpie la précieuse étoffe de leur orgueil pour en bourrer le matelas, l’édredon et l’oreiller d’un lit idéal, le repos des pauvres, des boiteux, des esseulés compose le véritable mot d’ordre auquel notre cœur doit s’attacher.


Paradoxalement, Berlin m’a offert la bonhommie de Maigret. Paris, l’occupée, la libérée, la vainqueur  n’a jamais pu offrir ne serait-ce qu’un peu de soulagement. Le triomphe, si maigre soit-il, interdit ce genre de charité. Berlin l’humiliée, la ravagée, la divisée a, dès la réunification, tourné son attention vers les « petits », les plus faibles, soigner leur honneur piétiné, offrir enfin le repos que n’osaient plus espérer les cœurs fatigués.

mardi, août 01, 2017

Discours du 1er août, célébration officielle Morges 2017

Monsieur le syndic, Mesdames et Messieurs les municipaux, chers collègues du Conseil, Mesdames et Messieurs de Morges ou d’ailleurs

Cette année, le conseil communal a élu un historien à sa présidence, permettez-moi donc de revenir sur deux ou trois éléments historiques constitutifs de notre fête nationale. Premier scoop, le 1er août n’a été déclaré fête nationale qu’à partir du jubilé de 1891, et ce jubilé n’a pas connu le même retentissement que notre récent 700ème anniversaire de la Confédération. Soit, trois représentants de Uri, Schwytz et Unterwald ont fait un serrement au nom de leur Etat respectif mais la portée du dit serrement n’était que défensive. On est encore loin d’une Constitution en ce 1er août 1291. On ne sait même pas si les trois intéressés ont signé un pacte. Celui que vous pouvez voir aux Archives des chartes fédérale est, selon certains historiens, une réplique, postérieure, un joli document qui fait sérieux parce que nos trois Suisses, en cette fin de XIIIème siècle, ne se doutaient pas que leur union allait faire florès. De la confédération des trois, aux huit, aux treize cantons – notre patrie s’est construite comme l’Europe Unie – cette proto-Suisse s’est fait une place mais on reste très loin d’un État organisé par une Constitution. Jusqu’au XVIIIème siècle, l’indépendance de ce qui n’est pas encore vraiment un pays est garantie par le roi de France. Il lui arrive d’arbitrer les conflits entre les confédérés et leurs voisins. Lorsque Berne dévore la pacifique Savoie et occupe le territoire vaudois, nous prive de nos droits civiques, interdit la pratique de notre folklore et nous impose une morale et une foi qui ne sont pas les nôtres, la couronne de France va venir à la rescousse de notre malheureux souverain, le duc de Savoie, et lui obtenir la restitution du Pays d’Annemasse, du Genevois, du Pays de Gex et d’un partie du Chablais. A propos de la France, c’est même une figure politique majeure de son histoire, le cardinal de Richelieu, qui aurait inventé notre nom français : les Suisses. Il était lassé de s’écorcher la bouche à dire les « Schwitz » pour parler de la garde du même nom.

Jusqu’en 1798, on est encore assez loin d’un État de droit garanti par une Constitution ! En cette fin de XVIIIème agité, lorsqu’on éternue à Paris, c’est une tempête à l’autre bout de l’Europe. Et c’est ici qu’intervient notre grand patriote, je pense à Frédéric-César de la Harpe. Il va galvaniser les Vaudois – et il en faut de l’énergie et de la volonté pour galvaniser un tel peuple ! – il va mener ses concitoyens à la révolution. Il agit depuis la Cour de Russie où il occupe la charge de précepteur du futur tzar Alexandre Ier. Après un bref retour dans la République de Genève voisine, il sera appelé à rencontrer directement Bonaparte dont il avait l’oreille, la sympathie et le soutien. Laharpe va réussir à nous faire libérer de l’occupation bernoise. Il n’est pas seul dans ce canton, il est appuyé par son fidèle ami morgien Henri Monod, et par d’autres révolutionnaires, Peter Ochs à Bâle entre autres. Ensemble, ils vont tous tenter l’expérience de la République helvétique, avec une Constitution qui, de loin, ne plaît pas à tous. Il n’y a pas de démocratie possible lorsqu’on impose un système, si parfait soit-il. L’adhésion du peuple à ses propres autorités est nécessaire. C’est pourquoi Bonaparte apporta l’Acte de Médiation à la Suisse après l’échec d’un Etat centralisé, il inventa notre fédéralisme !

Coup de théâtre en 1815, la puissance tutélaire s’effondre définitivement. Napoléon est envoyé à Sainte-Hélène et le Congrès de Vienne décide d’agglomérer les cantons suisses à la Confédération germanique, de céder le  Valais et Genève à la dynastie des Bourbons rétablie sur le trône de France et de restaurer l’autorité d’occupation bernoise sur ses anciens Etats vassaux. Par bonheur, le grand Laharpe gagna pour la seconde fois l’indépendance de notre canton en faisant intervenir son influent élève, le tzar Alexandre Ier. Alexandre exigea donc que le Congrès déclare la Suisse une, neutre et indivisible dans sa forme proto-fédérale et garantisse de même l’indépendance des cantons entre eux. Berne reçut en dédommagement les territoires francophones de l’ancien évêché de Bâle pour le malheur des Jurassien. Et on accommoda l’Acte de médiation pour en faire le pacte fédéral.

Retrouvons à présent cette Suisse des premiers temps, Uri, Schwyz, Unterwald devenu depuis lors Obwald et Nidwald, soutenus par Lucerne, Zoug, Valais et Fribourg. Tous ces cantons ont pour point commun le fait d’être catholiques et ruraux. Ils ne se sentent pas garantis dans leur intégrité territoriale. Ils ont peur de Zürich, Berne ou Genève. Ils concluent alors un pacte secret, une ligue d’exception, une Sonderbund. Ils mettent en place des milices défensives et vont chercher appui auprès des puissances étrangères dont, ironie du sort, l’empire autrichien, celui-là même contre lequel ils s’étaient rebellés en août 1291. Et comme tout secret finit toujours par être éventé, la diète fédérale (l’exécutif suprême à l’époque), somma les intéressés de dissoudre leur ligue, ce qu’ils refusèrent et ce fut la guerre civile, la guerre du Sonderbund menée avec tact et efficacité du 3 au 29 novmbre 1847 par le général Dufour. Sitôt la victoire remportée, il imposa l’idée d’un véritable Etat nation, de notre Etat fédéral. On se dota enfin de notre première vraie constitution dès 1848, et d’une capitale à Berne, d’un tribunal fédéral à Lausanne et d’une école polytechnique à Zürich.

On est alors assez près de l’idée que l’on se fait aujourd’hui de notre Suisse. On vante les mérites de chacun, on construit un palais fédéral recouvert de fresques allégoriques et mythologiques, on va se chercher des origines communes. On ne se raconte pas des histoires mais une histoire, presque vraie, pas moins fausse que celle de nos grands voisins. On tâtonne un peu, Guillaume Tell est de la partie, nos trois Suisses aussi, Winkelried, on susurre même pour faire plaisir aux romands le nom de la reine Berthe mais elle est trop catholique, et c’est une femme. On préfère la figure tutélaire de vrais hommes, et on a une bien belle Constitution que l’on rénove en 1874, et on finit même par remettre en avant le fameux pacte du 1 août 1291, on décide que ce sera le 1er même si le texte du pacte ne fait référence qu’à « début août » et tous les voisins ont leur fête nationale, pourquoi pas nous ? et ça fera bientôt six cent ans que ce pacte a été conclu, si ce n’est pas une bonne raison pour instituer nous aussi notre fête nationale !

Mesdames, Messieurs, chers concitoyennes et concitoyens, ne soyons pas embarrassés par l’aspect artificiel de nos célébrations, regardons plutôt la très longue route de 1291 vers 1848, vers cette première Constitution dont nous sommes tous les filles et les fils. Soyons fiers du chemin parcouru sans pour autant être oublieux de l’histoire, l’authentique, celle que l’on n’ose pas trop évoquer de peur de fâcher un canton voisin, ou quelque personnage historique à l’aura intouchable. Oui, Zürich cherchait à travers la seconde guerre de Kappel à imposer sa domination économique plus que sa vision du protestantisme. Oui, Berne a occupé et exploité notre canton durant plus de 250 ans, entre autres sous un fallacieux prétexte religieux. Oui, la révérée Germaine de Staël n’était pas une amie de la révolution vaudoise, à laquelle elle s’est opposée, entre autres par peur de perdre son important patrimoine. Tout cela est vrai quoique pas très agréable à entendre. Nous n’en sommes pas moins restés unis. Au-delà des inimitiés, des discordes, de la méfiance, nous sommes un pays, solide, prospère, pas encore au sommet de nos capacités démocratiques. Il a fallu attendre 1971  pour que l’on accorde enfin le droit de vote fédéral aux femmes et vingt ans plus tard en Appenzell Rhodes-Intérieures.


Mesdames, Messieurs, chers collègues du conseil afin que nous continuions tous à progresser sur les voies de la démocratie, je vais vous demander d’associer toutes celles et ceux qui ont fait notre pays, quelques soient leurs origines, culture, langue, confession. A titre d’exemple,  je vous soumets les noms d’Auguste Piccard, Frédéric-César Laharpe, Bonne de Berry, Amédée VIII, saint Nicolas de Flue, Jeanne Hersch, Rudolf Steiner, Karl Gustav Jung, Robert Walser, Louise Ruedin, Guillaume-Henri Dufour, Léna Boegli ou Félix Vallotton. Ils ont tous et tant d’anonymes, fait la Suisse. A chaque premier août, nous pouvons les associer à nos festivités. Ne nous cachons pas la vérité, il reste encore beaucoup à faire. Nous n’avons pas encore réalisé une complète égalité homme-femme, nous n’avons pas encore un vrai congé parental, il reste encore à accorder le mariage aux personnes de même sexe et sauver nos retraites par le revenu de base inconditionnel, sans parler de la condition animale. Tout cela sera pour demain. Aujourd’hui fêtons dignement la patrie, Vive la Suisse, vive le Pays de Vaud. 

Frédéric Vallotton
président du Conseil Communal 
Morges

samedi, juillet 01, 2017

"L'ordre divin" de Petra Volpe

Je ne suis pas particulièrement porté sur les récriminations féministo-féministes, les « elle pleut » et autres « excusez-moi Madame d’avoir un pénis », d’autant plus que la pesanteur de l’ordre patriarcal et le mépris de l’égalité des droits, c’est bon, je connais, et plutôt bien en tant que gay. Bref, je milite pour une parfaite parité salariale, que les hommes puissent arrêter de travailler pour s’occuper des enfants pendant que Madame ira jouer les gros bras au boulot, les enfants n’en seront que mieux élevés. Et hors de question qu’une femme touche à mon linge, c’est le plus sûr moyen pour se retrouver avec des chemises difformes ou décolorées ! La femme est un mec comme les autres, un parfait objet de non-sexualité pour moi et, très souvent, mon meilleur pote intellectuel. Et service militaire obligatoire pour tout le monde, et dommage qu’on ne puisse se passer de femmes pour faire des enfants, les garçons seraient certainement plus réussis.

Je suis toutefois allé voir Die göttliche Ordnung (L’ordre divin ) de Petra Volpe, attiré par une bande-annonce pleine d’humour et qui fleurait bon le style de ma lointaine enfance. Pour ce faire, j’ai choisi une belle salle, mon cher Odéon, son charme, son confort, le cinéma de mon enfance (encore). Je n’ai pas été déçu. Le film va du reste bien plus loin que la cause du droit de vote (fédéral) des femmes au tournant des seventies’. Le scénario est simple. Prenez un bled dans le fin fond de la Casque-à-Boulonnie, à savoir Appenzell truc-bidule intérieur ou extérieur ? Bref, un royaume pygmée suisse. Une femme, Nora, son mari, ses deux garçons, son vieux con de beau-père à la maison, le reste de la belle-famille dans une ferme, et une nièce révoltée, une réputation de p… parce qu’elle a le culot de choisir,  et ne se sent pas pour autant liée à vie à un garçon parce qu’elle a « bricolé » avec lui. Comme si on achetait une paire de chaussures sans l’avoir essayée ?! Cette jeune fille, sa révolte seront le catalyseur de l’aventure de Nora, suffragette de la dernière heure, une aventure commencée quasi seule puis soutenue par le reste des femmes du village.

Il y a d’abord une atmosphère, une lumière, un style, des accessoires : mon enfance encore, ce n’est plus un film mais une madeleine de Proust cinématographique. C’est ainsi que j’ai vu défilé de la vaisselle du même modèle que celle dans laquelle je mangeais, un téléviseur « Médiator », des marques de produits de grande consommation suisse obsolètes aujourd’hui, une façon étouffante d’éclairer les intérieurs, toujours des lumières diffusées par d’affreux plafonniers, une douche plombante au-dessus de la table du dîner garnie de mets pesants. Et l’emploi du tricot, plein de vêtements en tricot biscornus !

Le joli couple Nora – Hans vit heureux, apparemment ; les deux personnages sont interprétés par Marie Leuenberger et Maximilian Simonischek, belle adéquation entre leur jeu et la direction d’acteurs. Le joli couple donc n’est pas si heureux. La grande force du scénario est de montrer à quel point hommes et femmes sont pareillement victimes du système. Le grand-père est coincé dans une attitude rigide vis-à-vis de ses petits-fils plutôt que d’être leur complice, les hommes n’ont pas le choix de leur vie, leur métier, ni la liberté d’exprimer opinions ou sentiments, et les femmes ! Grossesse obligatoire, bonnes à tout faire et tintin sur la gaudriole. L’un des moments les plus forts, les plus émouvants, lorsque Nora, parmi les femmes du village insurgées avoue n’avoir jamais connu d’orgasme, et pourtant elle a épousé l’homme qu’elle a toujours aimé. On a de la peine pour elle. Il faut dire que les hommes ne sont pas … comment dire … encouragé à explorer leur sensualité ni celle de leur partenaire. Le pompon, c’est que le principal représentant de l’ordre établi dans le village est une femme, une vieille fille âpre aux gains en chapeau et mercedes verte, la grande patronne de la menuiserie où travaille Hans. Inutile de dire qu’elle est opposée à l’obtention du droit de vote des femmes.


Comme toute bonne fable, « L’ordre divin » se termine bien. Nous sommes en Suisse, nos séismes politiques, nos changements de paradigmes n’en sont pas, pas vraiment. De plus, on rit, de bon cœur, il n’y a pas de vrais « méchants », quelques gros cons qui souffrent plus qu’ils ne font souffrir. Ce film pose les vraies questions du rôle fondamental de l’homme et de la femme, à moins qu’il n’y ait pas de rôle fondamental attribué à chaque sexe ? est-ce bien nécessaire ? Ne suffirait-il pas d’être ?!

mardi, juin 13, 2017

Election à la présidence du Conseil Communal

« Merci à tous ceux qui m’ont élu. Pour les autres, ne vous inquiétez pas, mon mandat ne dure qu’une année. J’espère toutefois ne pas avoir été choisi sur des critères soviétiques ? L’ex-URSS désignait ses représentants officiels sur un certain nombre de leurs qualités dont l’une, la plus importante peut-être, celle de pouvoir tenir l’alcool. A ce propos, je vais innover en tant que prochain président du Conseil Communal de Morges. Vous n’êtes pas sans savoir que, après chaque réunion du bureau, nous terminons la séance autour d’un verre ; je compte aussi y servir du thé, du bon thé, car tous parmi les membres du susmentionné bureau ne boivent pas d’alcool. J’ai du reste ce matin-même fait l’achat d’un service à cet effet. » Discours de remerciement, mercredi 7 juin 2017, avant dernier conseil de la législature, le grand raout des élections … tacites ! Un peu de suspens tout de même parce qu'un parti, celui que j'ai quitté, nous a fait ... un caprice, dirons-nous.

La grande question n’était pas être ou ne pas être élu mais comment, à combien de voix, sur un tour ou la honte d’un second tour ? Finalement, une certaine gauche, une partie d’une certaine droite aussi – et le centre de même – a plus ou moins bien digéré mon changement de parti et a décidé de m’élire (selon un accord tacite) avec un score décent, 65 sur 88 (beaucoup d’absents et, donc, potentiellement, autant d’opposants). Personnellement, j’ai toujours pensé que « ne pas faire l’unanimité » était une qualité. Je ne m'étendrai pas sur cette « certaine gauche », cette « partie d'une certaine droite » ni ce « centre de même». Je me réserve pour Bananaland, le petit essai drolatique à caractère piquant que je me promets d’écrire sitôt mon mandat politique terminé. Cela pourra aussi servir de guide du système politique suisse, avec ses stupéfiantes qualités et ses menus travers. Je vous l’ai dit, je termine mon mandat au conseil communal et je raccroche avec la politique ( voir mon billet Dimanche soir, fin de campagne).

En quoi consiste le rôle de président ? donner la parole à Pierre, Jacques ou Jean (pourvu que l’on reste sur la bonne vingtaine de conseillers qui prennent systématiquement la parole et les autres de garder le silence, je n’ai pas encore en tête le nom de tous mes quatre-vingt-dix-neuf autres collègues)(oui, "quatre-vingt-dix-neuf", histoire de faire bisquer les puristes de la vaudoiserie) et aller inaugurer les chrysanthèmes, représenter les citoyens morgiens … Ça tombe bien je suis Morges ! Je n’ai jamais perdu le lien avec mon terreau, je l’ai mis en perspective avec Lausanne (mon Dieu, ce que l’on peut avoir mauvais goût quand on est jeune), Paris, Berlin, Barcelone, Suttgart, Münich, Madrid, Dresde, Bâle, Saint-Pétersbourg, NY, Bordeaux. Hambourg, Varsovie, etc. Ah ! Le chant des villes. Pour certaines d’entre elles, ça tient de la symphonie et d’autre du piccolo. Selon cette échelle, Morges se situe au niveau de la flûte à bec. L'un des avantages annexes du rôle de président : la satisfaction narcissique de se voir en photo dans le journal. Notre bonne feuille locale a rendu compte de ce mercredi d’élections et a illustré son propos par un cliché du Conseil et … ma photo ! réalisée lors de la soirée de l’Indépendance de l’UDC district de Morges. Je suis fort bien, un peu photoshopé, juste ce qu’il faut. Très joli, encore mieux que l'original !


lundi, mai 29, 2017

"Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifique" de Jon Monnard

Jon Monnard, le beau Jon Monnard signe son premier roman, une fable sur la jeunesse, le talent, la littérature, les faux-semblants et la vanité d’une époque qui ne sait plus lire (et si peu écrire). Si Rastignac était écrivain et avait trop de sensibilité …

Je l’ai repéré au Dîner des auteurs, la Villa Sarasin, le dernier Salon du Livre de Genève, un grand garçon les cheveux auburn, roux foncé, roux … comme le roi David, mon petit penchant sémitique. Je m’égare. Il conversait avec Max Lobe, très cher ami, très bon signe. Il lui passait son livre « Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique », un bon titre, accrocheur, une belle couverture et l’auteur a une mine avenante, le ton agréable, une certaine retenue et, à la fois, de la spontanéité. J’emprunte le volume de Max, lis quelques lignes, un carottage de deux, trois extraits qui me plaisent. Je me verrai bien le livre entre les mains, passer un peu de temps avec. Echange de coordonnées électroniques, il me promet de m’en envoyer un exemplaire, en vue de ce billet. Je lui passe la référence de quelques ouvrages que j’aime (Mauriac, Green, Mann, un peu connoté vous me direz …), Jon est un auteur qui lit ! qui compte élargir son horizon et qui tient ses promesses. Le livre reçu, il ne manquait plus que l’occasion de le lire.

En fait, je comptais vous faire un billet sur Milan, petit séjour de l’Ascension, tre giorni e mezzo, de grandes lunettes noires vissées sur le nez – un chalazion récalcitrant me boursoufle la paupière gauche – Ray Ban, de la marque évidemment, je vais dans une capitale de la mode, pas à Trifouilli-les-Oies. J’avais déjà défloré le texte, un quickie de quelques pages, un très très bon moment, la découverte du corps du texte comme une chemise que l’on ouvre sur un torse, la caresse de l’œil, un peu maladroite, un peu pressée, les pleines promesses d’une rencontre inespérée, l’affaire est consommée. L’escapade milanaise tombait bien. C’est LA ville où lire le premier roman de Jon, une fable qui, comme toutes les fables, est le résultat d’une aventure intérieure, d’un bout de vie. Jon a 27 ans, nous n’avons plus affaire à de la pédophilie culturisante. J’en ai vu des jeunes merdeux lettreux qui roulaient des mécaniques et leurs jeunes promesses un peu courtes … Et les gargarismes d’admirateurs en vue qui s’imaginaient effeuiller autre chose que les pages d’un volume inepte … Je m’égare encore … à moins que je n’illustre par la démonstration.

Le lecteur est donc amené à suivre le jeune Coska parmi les tartuffes d’une école d’art péteuse où chaque élève prend la pose. Jon a le regard acéré de ceux qui savent voir. Puis Coska dans sa solitude, ses espoirs littéraires, l’opportunité, un concours, et le raté devient une star, à la force de son talent, oh, la jolie success-story à deux balles dont sont remplis je ne sais trop combien de romans ne valant pas même le prix de l’allumette pour y bouter le feu ! Mais notre auteur, le vrai, pas son avatar, a dépassé le cliché avec son hybridation entre mode et littérature. Il a imaginé une créatrice de mode voulant donner plus de profondeur à son immense carrière de chiffons en y imprimant des mots.


En sus – Ohhh, oui, en sus ! – Jon donne vie à tout une galerie, des personnages archétypiques : Mercure, Ghiaccio, le libraire La Colère, un véritable bestiaire, un échantillonnage de travers, de lâchetés diverses et de compromission. Il y a un rythme, une musique, une saveur ; le texte a la vertu de nous faire voir le monde avec plus d’acuité. On est pris du dégoût que, légitimement, tout individu sensé devrait ressentir en tournant les pages de magazines de mode, ce déballage de pseudo-références pillées à la vraie culture. Jon Monnard ne manque pas de lettres, ni de référence. Il sait asseoir son univers et distiller son monde. Il a des goûts un peu top impressionnistes selon mes critères, mais ça tombe juste, comme un pantalon bien taillé. Notre auteur perlabore du reste son personnage public comme son texte, un important travail d’équilibre, d’équilibrisme d’où mon intérêt pour son roman, la frontière ténue entre l’être et l’œuvre, jusqu’où payer de soi son succès, le succès de son travail d’auteur ou celui d’un titre ? Et quel succès ? comment le mesurer ? en nombre d’articles ? d’émissions de radio, de télé ? d’invitations mondaines ? d’activités récréatives ? Jon a pour modèle le fragile Scott Fitzgerald, que je n’ai jamais lu, j’ai de la sympathie pour l’image que cet auteur a laissé de son personnage. Personnellement, après quelques titres, peu de lecteurs, quelques invitations – et cela fera bientôt trente ans que je n’ai plus vingt ans, je me suis arrêté à la conviction que la littérature était un sacerdoce. C’est beau, c’est rare, lorsqu’elle rapporte, qu’elle remporte le succès, et souvent ce n’est qu’une mise-en-scène, pas même besoin de citer de noms. Pour le lecteur non-auteur, « Et à la fois … » est un conte intelligent, touchant, de très beaux moments, une fin en apothéose discrète, et pour les auteurs qui le liraient, une mise en abîme de notre activité d’écriveron. 

mercredi, mai 17, 2017

Beauté-subjectivité, petit cours d'architecture sur des cas concrets situés à Morges


Beauté-subjctivité, premier billet d’une nouvelle rubrique. Ce texte a été publié dans le dernier n° du bulletin de l'Association de Sauvegarde de Morges. Je vous livre ici la version originale du texte.

Tous les goûts sont dans la nature dit-on, surtout le mauvais ai-je l’habitude de conclure. Blague à part, l’ASM est consciente qu’il existe des formes multiples du beau, aussi bien dans les édifices anciens que récents. On nous accuse souvent d’être des passéistes, accrochés à l’idée que « avant c’était mieux ». Oui, mais non, chaque époque a ses échecs, ses maladresses, ses ratages en matière d’architecture et d’urbanisme. Toutefois, contrairement à ce que claironne la « sagesse populaire » qui, en l’occurrence, n’a de sage que le nom, il existe des critères objectifs de beauté ! Je ne vais pas revenir sur cette expérience faite avec des enfants à qui l’on présente des photos de visages, et les enfants de classer les portraits en fonction de leur beauté ; chacun a quasi fait le même classement. Il existe donc des critères fixes que nous pouvons selon la situation tout de même modaliser.

Notre notion de beauté en matière de constructions repose sur la symétrie, les proportions et l’intégration. Il est rare que votre ASM soit confrontée à des bâtiments VRAIMENT atroces. Il y a toujours quelque chose à sauver. Nous nous battons avant tout pour maintenir la qualité du bâti, l’homogénéité d’un îlot, le respect de ce qui a été érigé il y a un, deux … cinq siècles. Notre patrimoine, nos monuments ne sont pas que des bibelots posés ça et là pour faire joli. Aux trois critères précédemment évoqués, il faut encore ajouter la qualité historique de la construction. Par exemple, le grenier bernois est typiquement un édifice qui a survécu du fait de son caractère historique ! La plus belle chose que possède ce grenier que le temps n’a pas épargné : sa charpente et sa volumétrie. On aurait pu imaginer une préservation de ces deux éléments, à savoir reconstruire un bâtiment neuf, de la même taille, sous la charpente ancienne. C’est presque ce qui a été fait lors de l’aménagement de la bibliothèque. Lors de cette reconversion, on a perdu les délicates arches du rez-de-chaussée, dommage.

Autre exemple, afin de poser les bases de cette chronique que vous retrouverez régulièrement dans notre bulletin, le Bâtiment Administratif Cantonal place Saint-Louis ! Construction audacieuse, intéressante, adroite, marquée, une réussite ? Un ratage ! L’effet dissymétrique recherché est soit intéressant, voulu, les proportions sont bonnes mais l’intégration est détestable ; ce bâtiment étouffe la maison Seigneux, la dégrade irrémédiablement dans son site car on n’imagine même pas une démolition dans les trente ans à venir. L’ASM s’était pourtant fait entendre mais nos autorités n’ont pas su/voulu relayer nos oppositions. Tant pis. Gardons le cas du BAC comme exemple absolu de ce qu’il ne faut pas faire, que cet échec nous aiguillonne dans nos futurs combats. 

Passons à présent à l’étude d’un cas  précis, une construction emblématique de Morges : la tour du Moulin. Au-delà du débat stérile genre « tous les goûts gnagnagna », votre ASM s’est battue pour la susmentionnée construction lors de sa réfection. Nous avons sauvé ses mosaïques ainsi que les espaces communs du rez-de-chaussée. L’ASM a défendu ce bâtiment non pas par lubie mais en raison des qualités objectives de notre mini gatte-ciel post-lecorbusien. Si nous revenons aux critères précédemment énoncés, la tour du Moulin présente des façades et un plan symétriques ainsi que des proportions agréables. Son intégration eût pu paraître discutable si l’autoroute ne balafrait pas la ville. Le viaduc de béton massif de l’A1 marque profondément le paysage à l’horizontale, son flux est inexorable et seul un geste architectural vertical fort pouvait dompter cette tare. 55 mètres surgissant parmi le bouillonnement des frondaisons alentour,  la façade sud comme une page lignée, les façades est et ouest garnies de leur célèbres mosaïques non-figuratives et la façade nord un peu moins adroite, cela est certainement dû aux coloris employés, un effet de rayures épaisses en gris et mauve-rose. La tour du Moulin jouit du dégagement nécessaire afin de ne pas engoncer sa haute stature, elle prouve que la ville existe au-delà et en dépit de l’autoroute. L’intérêt historique de cette réalisation, notre quatrième critère, est en constant développement. Encore 20 ans et cette tour sera parfaitement intouchable, et dans sa forme, et dans son site. Il me faut introduise un dernier critère, celui de la qualité des matériaux employés et de la réalisation. La tour du Moulin le remplit en bonne partie. Pas de pierre de taille, pas de granit à gogo, de marbre en cascade, pas de ferronnerie d’art mais ces fameuses mosaïques géantes, réalisées à l’aide de plusieurs centaines de carreaux de faïence posés un à un qui, je vous l’accorde, étaient en passe de se déceler. La récente restauration a réglé le problème.

En résumé, l’ASM se fait l’avocate de toute construction morgienne relevante répondant aux critères esthétiques de symétrie (ou dissymétrie ludique/recherchée), de proportions, d’intégration et aux critères complémentaires de valeur historique et de qualité de la réalisation. Dans notre prochain bulletin, nous vous proposerons une analyse de la rue des Charpentiers, l’une des rues les plus remodelées du bourg historique de la ville de Morges.





dimanche, avril 30, 2017

Dimanche soir, fin de campagne

L’électeur a toujours raison, même quand il a tort ! Honneur aux vainqueurs, chaque élu a amplement mérité sa place au parlement. Il n’y a jamais de mauvais suffrages. Il y a, parfois, de mauvaises stratégies, des calculs discutables, des silences quasi coupables, de l’orgueil mal placé, un rien d’égoïsme mal venu. Qu’importe. Chaque élection, si bas soit le taux de participation est une victoire de la démocratie.

Je ne serai donc pas député, mes calculs statistiques n’ont pas été démentis. Je remercie toutefois, chaleureusement, les 2242 électeurs qui ont glissé mon nom dans l’urne. Je les remercie de leur confiance, de leur audace, il est vrai que je ne corresponds pas tout à fait au profil type du candidat UDC. Universitaire, gay, catholique, ça fait tout de même beaucoup pour un seul et même candidat d’un parti de sensibilité agrarienne ! Soit, j’arrive dernier de la liste dans le district, en  meilleure place dans ma bonne ville de Morges, les curieux et les malveillants sauront trouver tout le détail de ma non-élection sur le site de l’Etat de Vaud. Néanmoins, jamais, plus jamais, on ne pourra accuser la direction de l’UDC-PAI Vaud d’homophobie ou de fermeture d’esprit.


J’ai passé une magnifique campagne, j’en suis même venu à apprécier certains candidats de partis concurrents pour qui je ne nourrissais pas une très grande estime. Que ceux d’entre eux qui ont été élus reçoivent ici mes félicitations. Quant à mes colistiers et ma colistière, j’ai connu en leur compagnie de très bons moments. J’espère avoir un tant soit peu participé à la victoire de Philippe Jobin, de Pierre-André Pernoud et du tout nouveau député Sylvain Freymond. L’aventure d’une campagne électorale vaut tous les voyages, toutes les conquêtes, le périple vaut autant que le but, et plus encore lorsque le candidat est un auteur.